Scory n'a jamais ete un enfant comme les autres. Ne de parents immigres camerounais, il a grandi dans cette zone grise ou la loi n'est qu'une barriere pour les idiots. A dix-huit ans, il menait deja une double vie : diplome en web design le jour, gerant d'un reseau de deals la nuit. Jamais d'erreur, jamais d'empreintes.
Quand un demon lui offre une minute pour choisir son pouvoir, il fait ce que personne d'autre n'a fait : il demande a choisir plus tard. Six mois apres, il cree Jimmy — une abomination tiree de son propre esprit, un monstre si terrifiant que meme les demons reculent.
Il tue quatre champions en quelques secondes lors de son premier Penalty's Death. Il marche a travers les flammes. Il regenere apres un tir dans la tete. Il leve un doigt d'honneur a un Diable Royal devant des millions de demons. Il massacre les gradins de l'Enfer.
Et pourtant, la scene la plus revelante de son histoire n'est pas un combat. C'est un ascenseur. Une vieille dame raciste, un sourire calme, et un murmure : "Jimmy." Il ne la tue pas. Il la terrorise. La ressuscite. Et il aime ca.
La question n'est plus de savoir si Scory est un monstre. La question est de savoir s'il l'a toujours ete.
Flaynn est le seul etre humain que Scory considere comme un egal. Ils ont grandi dans les memes cages d'escalier, partage les memes silences quand les sirenes passaient. La ou Scory est froid et calculateur, Flaynn est lucide et ancre. C'est la conscience que Scory n'a plus.
Il est le premier humain a voir Jimmy et a rester. Il vomit presque, il tremble, mais il ne part pas. Parce qu'il sait que Scory a besoin de lui — pas pour le proteger, mais pour lui rappeler qu'il est encore humain.
Son pouvoir, "Solitude", est une adaptation progressive : il resiste de plus en plus a n'importe quel effet. 5% toutes les 30 secondes. En dix minutes, il est immunise. Un pouvoir concu pour durer, pas pour detruire. A l'image de celui qui l'a cree.
Mais au fil des arcs, Flaynn commence a avoir peur. Pas de Jimmy — de Scory. De ce ton vide quand il dit "je vais tous les tuer". De ce regard qui ne reconnait plus rien. Il repense au toit de Sevran, a ce rire qui faisait mal aux cotes, et il se demande si ce garcon existe encore.
Akazym n'a jamais ete un demon puissant. Frele, mince, trop elegant pour inspirer la peur. Mais ce qu'il manque en force, il le compense en intelligence. Un manipulateur-ne, un calculateur qui joue avec les regles comme d'autres jouent aux echecs.
Il est lie a Scory par un pacte simple : si Scory meurt, il meurt aussi. Et chaque vie que Scory prend le rend plus fort. Au fil des combats, Akazym evolue — sa silhouette s'epaissit, ses cornes s'allongent, son sourire devient moins faux.
Mais Akazym veut plus que la survie. Il veut devenir Noble. Et pour ca, il est pret a tout : envoyer Scory dans un combat non-choisi, parier des millions d'ames sur sa victoire, et finalement — vendre la localisation de son propre champion au plus offrant.
Sa mort est sa scene la plus humaine. Devore par Nixiliys en une fraction de seconde, il n'a le temps que d'un geste : tourner la tete vers Scory. Pas avec peur. Pas avec mepris. Avec quelque chose de presque humain. Il ouvre la bouche — peut-etre pour s'excuser, peut-etre pour mentir une derniere fois, peut-etre juste pour dire son nom. Il n'a pas le temps.
Nixiliys ne marche pas. Il apparait. Comme s'il avait toujours ete la, comme si les lois du temps et de l'espace ne l'atteignaient pas. Sa presence ecrase l'air. Son regard transperce l'ame. Pas de colere, pas de satisfaction — juste une curiosite glaciale qui fait trembler meme les Nobles.
Il considere le tournoi des champions comme un divertissement. Mais quand Scory leve un doigt d'honneur dans sa direction devant des millions de demons, quelque chose change. Pour la premiere fois, un etre l'amuse. Et Nixiliys n'a pas ete amuse depuis des millenaires.
Il devore Akazym comme on ecrase un insecte. Il offre a Scory une potion de Sang-Froid. Il annonce vouloir son propre champion. Chaque geste est une mise en scene, chaque mot un piege. Personne ne sait ce qu'il veut vraiment. Meme lui, peut-etre.
Neron ne combat pas. Il performe. Chaque duel est une oeuvre d'art, chaque victime un materiau. Son sourire n'est pas celui d'un guerrier — c'est celui d'un sculpteur devant un bloc de marbre vierge.
Sa dague aux cinq runes est un artefact sponsorise par un demon puissant. L'une d'entre elles paralyse quiconque la regarde. Une prison invisible. Et quand sa victime est figee, Neron prend son temps. Il trace des plaies comme un chirurgien. Il decoupe comme un artiste.
Face a Scory, il croit avoir gagne. Il le dechiquete, l'humilie, le detruit devant les gradins en delire. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que tout ce qu'il a fait s'est produit dans une illusion. Quand la realite se dechire, Neron comprend — une fraction de seconde avant de cesser d'exister — qu'il n'a jamais touche Scory.
Sora a grandi dans un appartement de trente metres carres ou l'odeur du poisson ne quittait jamais les murs. Son pere l'emmenait au marche a quatre heures du matin, et il se souvient encore du carrelage froid sous ses pieds nus, du bruit des caisses qu'on empile, du souffle de son pere qui lui disait : "Un jour, tu feras quelque chose de mieux que ca."
Il a fait quelque chose de mieux. Il est devenu le champion le plus regulier de l'arene. Pas le plus puissant, pas le plus spectaculaire — le plus constant. Il ne parle jamais en combat. Parce que parler, c'est reconnaitre que ce qu'il fait est reel. Et tant qu'il ne parle pas, il peut pretendre que tout ca n'est qu'un cauchemar.
Il envoie la moitie de ses points a ses parents. Convertis en argent humain. Son pere a arrete le marche. Sa mere a pris sa retraite. Ils ne posent pas de questions.
Sa mort est la scene la plus sombre de l'histoire. Tue par Scory d'une balle dans le crane. Ressuscite. Puis tue a nouveau, le canon du fusil dans la bouche. Dans ses yeux, pas de la peur — de la comprehension. Il voyait ce que Scory etait en train de devenir. Une larme coula. Pas de Sora. De Scory.
Les mains d'un tireur — calleuses au pouce et a l'index, habituees au recul. Mais un corps trop soigne pour etre celui d'un soldat. Un fils de bonne famille, le genre qui a grandi avec un champ de tir prive dans le jardin. Le genre qui a toujours eu le droit de casser des choses sans consequences.
Bastian tire une balle entre les deux yeux de Scory, celebre sa victoire en mimant un baiser sur son revolver, puis regarde son adversaire se relever avec un crane intact. Son arrogance meurt avant lui.
Il decouvre le Tresor Maudit de la pire maniere possible : piege dans un corps sans aucun sens, conscient mais coupe du monde. Quand Scory desactive l'effet, Bastian ne crie pas de douleur. Il crie de terreur absolue. Parce que ce qu'il vient de vivre est pire que la mort.
Kerian est le premier champion a parler a Scory sans essayer de le tuer. Il se presente dans les gradins avec la nonchalance de quelqu'un qui a compris les regles du jeu depuis longtemps. Son regard vif balaye tout — les cotes, les alliances, les faiblesses.
C'est lui qui ouvre les yeux de Scory sur la realite de sa situation. Il lui revele que ses informations ont ete vendues, que des chasseurs de champions existent sur Terre, et que le doigt d'honneur a Nixiliys etait un arret de mort deguise en acte de bravoure.
Ses motivations restent floues. Est-il un allie ? Un manipulateur ? Un messager du narrateur ? Personne ne sait. Mais chaque conseil qu'il donne s'avere exact. Et ca, c'est plus inquietant que n'importe quel mensonge.
Son pouvoir, "Divine Salvation", guerissait les blessures physiques. Un enfant paralyse qui remarche. Un aveugle qui retrouve la vue. Les medias l'ont appele "El Santo Moderno". Les foules l'adoraient.
Mais ses miracles etaient une torture. Ceux qui etaient gueris parlaient d'une douleur insoutenable, d'un feu qui brulait leurs entrailles. Certains sombraient dans la folie. D'autres preferaient mourir.
Il a rassemble 200 fideles dans une cathedrale et tente de les "guerir" de force. Corps convulsant sur le sol. Yeux exploses. Victimes s'arrachant la peau. Et au centre, Miguel, torse nu, couvert de sang, en train de prier.
Il a utilise Divine Salvation sur lui-meme et s'est desintegre. Aucune trace de son corps. Certains pensent qu'il s'est eleve. D'autres croient qu'il a ete efface par son propre pouvoir. La verite, probablement, est plus simple : il etait fou.
Jimmy n'est pas un pouvoir. C'est une extension de Scory. Une horreur latente que son createur a toujours portee en lui, extraite de son inconscient et materialisee dans la realite.
Une masse de chair noire, sinueuse, parcourue de veines palpitantes. Trois gueules beantes ouvertes dans un cri silencieux. Des dizaines d'yeux — certains noirs comme le neant, d'autres d'un bleu spectral — qui fouillent l'ame de quiconque les croise.
Il ne pense pas. Il ne ressent pas. Il est. Et tant qu'il refuse la mort, Scory ne peut pas mourir.
Dans l'Arc 3, Jimmy fait quelque chose de nouveau : il bouge seul. Il attaque sans ordre. Il se nourrit de la peur de Scory et agit par instinct. La question qui hante l'Enfer n'est plus "qui est Scory ?" mais "qui controle Jimmy ?"
La reponse, probablement, est : personne.