Il y a un an, un million d'etres humains, disperses aux quatre coins du monde, eurent leur voeu exauce par des entites demoniaques. Six mois plus tard, ces dons, longtemps enfouis dans le sommeil de leurs esprits, se revelerent brutalement.
Certains virent en eux la capacite de changer le monde et sombrerent dans le crime. D'autres, en quete de gloire, exhiberent leurs pouvoirs sur les reseaux. D'innombrables vies furent brisees, et la mort frappa sans discrimination, laissant derriere elle un sillage de chaos.
Personne ne savait ce qui se preparerait lorsque l'horloge sonnerait minuit.
Le gout du beurre encore sur la langue, Scory s'enforca dans son canape, les paupieres lourdes.
Il aimait cette sensation. Ce plaisir simple et absurde apres une journee qui, objectivement, aurait du lui arracher quelques sueurs froides. Mais au lieu de cela, il souriait. Il repensait a la vieille dame, au regard qu'elle avait eu en voyant Jimmy. Un melange d'horreur pure et de terreur viscerale. Un frisson lui parcourut l'echine — non pas de peur, mais d'excitation. Il n'avait pas besoin d'exhiber son pouvoir comme ces idiots qui se pavanaient sur TikTok. Lui, il le gardait en secret, l'aiguisant dans l'ombre comme une lame prete a trancher.
Il s'endormit paisiblement, berce par le silence de la nuit.
Mais a 23h59, un frisson d'effroi le tira brutalement de son sommeil.
Quelque chose l'observait.
Le silence dans la piece etait devenu pesant, inhabituel, comme si le monde entier retenait son souffle. Scory se redressa lentement, parcourant la piece du regard. Rien. Pas un bruit, pas une ombre mouvante. Pourtant, son instinct lui hurlait que quelque chose n'allait pas.
Un battement de paupieres, et le monde changea.
Son appartement disparut sans la moindre transition. Il etait toujours allonge, mais sur un tapis somptueux, doux sous ses mains. L'air etait plus epais, charge d'une presence invisible. Autour de lui s'etendait un salon luxueux, aux murs d'un blanc eclatant, epure et decore avec une elegance froide. L'endroit aurait pu etre apaisant s'il n'etait pas si irreel. Quelque chose clochait — un detail subtil qui trahissait la nature anormale de ce lieu. Les proportions etaient legerement fausses. Le plafond trop haut. Les angles trop nets. Comme un decor construit par quelqu'un qui n'avait etudie les maisons humaines qu'en photo.
Et c'est alors qu'il le vit.
La, debout dans un coin de la piece, l'observait une silhouette.
Un homme ? Non. Un demon.
Il etait vetu d'un costume sombre, sobre et raffine, qui lui donnait des airs de noble dechu. Mais derriere cette elegance trompeuse, il y avait autre chose. Il etait frele. Trop mince pour inspirer une reelle menace. Ses traits fins lui donnaient presque une apparence humaine, mais ses yeux trahissaient sa veritable nature. Des pupilles fendues comme celles d'un serpent, empreintes d'une lueur a la fois malicieuse et calculatrice.
— Je m'appelle Akazym.
Sa voix etait suave, son sourire devoilant une rangee de dents trop parfaitement alignees pour etre rassurantes.
Scory croisa les bras.
— T'es qui, toi, exactement ? Un demon random qui a tape mon nom sur une liste d'elus ?
— Un bas demon, si tu veux tout savoir.
— T'as pas l'air tres dangereux, pour un demon.
Le sourire d'Akazym s'etira legerement.
— Crois-moi, mon role ne necessite pas la force brute. Je suis bien plus utile vivant qu'en charogne.
Il leva une main pour couper Scory avant qu'il ne pose une autre question.
— Ecoute attentivement. Je vais tout t'expliquer, et tu vas comprendre pourquoi tu es ici.
L'atmosphere changea, comme si le salon lui-meme se figeait dans l'attente.
Akazym s'assit sur l'accoudoir d'un fauteuil et croisa les jambes.
— Il y a un an, un million d'humains ont recu un pouvoir. Certains ont compris qu'ils pouvaient devenir des dieux sur Terre. Mais personne ne savait qu'il y avait une condition. Un prix a payer.
Il marqua une pause, laissant le silence travailler.
— Chaque 23 octobre, tous les champions sont rappeles dans l'arene infernale. C'est ce qu'on appelle le Penalty's Death. Une purge. Tu vas etre jete dans une arene avec quatre autres champions. Et tu dois etre le dernier debout.
Il leva un doigt.
— Si tu perds, tu meurs. Et moi avec toi. Si tu gagnes, tu retournes sur Terre. Et la, tu pourras utiliser ton pouvoir librement, jusqu'a l'annee suivante.
Scory ne broncha pas, mais une tension imperceptible crispait ses epaules.
— Donc c'est ca, le deal ? Un combat a mort par an ?
— Exactement.
— Et mon rang dans tout ca ?
Akazym afficha un sourire en coin.
— Tu es classe 5. Autrement dit, personne ne te prend au serieux.
Scory rit. Un rire sec, moqueur.
— Ils vont tomber de haut.
Akazym ne repondit pas. Il laissa le silence parler a sa place.
Scory se redressa, l'air plus calme que jamais.
— T'inquiete pas, Akazym. Je vais survivre.
— Alors, dis-moi, Scory... Quel est ton pouvoir ?
Akazym avait croise les bras, son regard plante dans celui de son champion avec une curiosite teintee de frustration.
Le silence s'etira. Akazym plissa les yeux.
— Jimmy ?
Scory se contenta d'un sourire en coin.
— C'est une blague ? T'aurais pu choisir n'importe quoi et t'as opte pour... Jimmy ? C'est vraiment un prenom de merde.
Scory eclata d'un rire sec. Mais le son s'evapora dans le vide.
L'instant d'apres, il n'etait plus la.
Un air brulant caressa sa peau. L'odeur du soufre et du sang lui heurta les narines.
Il n'avait pas eu le temps de reagir a la transition. Une seconde plus tot, il etait assis, et maintenant, il se tenait debout sur un sol poussiéreux et dur. L'echo de hurlements monstrueux lui parvint — le cri sauvage d'etres qui n'existaient pas dans le monde des hommes.
Autour de lui, un colisee immense, fait de pierre sombre et de metal corrode, s'etendait a perte de vue. Dans les gradins, des centaines de demons, aux silhouettes aussi variees qu'aberrantes, s'agitaient, certains riant d'un rictus grotesque, d'autres observant la scene avec un regard calculateur.
C'etait un spectacle. Et eux, les champions, etaient la distraction du jour.
Quatre autres personnes etaient la. Positionnees en cercle, a egale distance les unes des autres. Un detail qui ne devait rien au hasard.
Scory les detailla un par un.
La premiere etait une femme brune, la trentaine, stature droite. Elle portait encore sa blouse d'hopital — arrachee de son lit ou de sa garde, impossible a dire. Son regard etait celui de quelqu'un qui avait passe sa vie a resoudre des problemes. Un medecin, peut-etre, ou une chercheuse. Le genre de personne qui croit que chaque situation a une solution rationnelle.
Le deuxieme etait un jeune homme blond, vingt ans tout au plus, un sweat a capuche sur les epaules. Ses mains tremblaient, mais il essayait de le cacher en les enfoncant dans ses poches. Il avait un tatouage sur le cou — une date. Probablement celle de quelqu'un qu'il avait perdu. Il regardait autour de lui avec des yeux trop grands, comme un chien perdu dans une autoroute.
Le troisieme etait un homme plus age, la quarantaine, crane rase, vetements de sport. Ancien militaire ou ancien detenu — impossible a differencier a premiere vue. Ses epaules etaient larges, ses poings serres par reflexe. Il ne tremblait pas. Mais ses yeux bougeaient trop vite, balayant l'arene, cherchant les sorties, evaluant les distances. Il etait en mode survie, et ca se voyait.
La quatrieme etait une femme plus jeune, cheveux courts, le regard affole. Elle serrait contre elle un petit carnet — elle avait ete teleportee avec. Sur la couverture, des autocollants colores. Le genre de carnet ou on ecrit des poemes, des listes de gratitude, des choses douces. Elle le serrait comme si c'etait la derniere preuve que le monde normal existait encore.
Ils semblaient perdus, desorientes. L'incomprehension se lisait dans chacun de leurs mouvements. Ils se rapprochaient naturellement les uns des autres — cette habitude humaine stupide qui leur donnait une illusion de securite.
La femme brune prit la parole.
— J'imagine qu'il doit y avoir une explication logique.
Ce n'est pas possible d'etre aussi con, pensa Scory.
Elle avait recu un pouvoir. Elle avait vu des demons. Elle avait ete teleportee. Et malgre tout ca, elle cherchait encore une explication rationnelle.
Le blond, toujours dans son illusion de cooperation, hocha la tete.
— Ouais... c'est forcement un test ou un truc du genre, non ?
Le crane rase fronca les sourcils.
— Quelqu'un d'autre a vu ce demon avant d'arriver ici ?
La fille au carnet repondit d'une voix tremblante.
— O-Oui... il m'a dit que j'allais devoir me battre...
Ils echangerent leurs rangs. Deux avaient un rang 2. Deux un rang 3.
Puis ils realiserent qu'il manquait une voix.
Scory. Immobile, les bras croises, les observant avec un melange de mepris et d'amusement froid.
— Et toi ?
Scory souffla :
— Cinq.
Un ricanement du crane rase.
— T'es le plus faible, alors.
Scory ne repondit pas. Mais il remarqua que la fille au carnet le fixait. Pas avec mefiance — avec curiosite. Comme si elle sentait quelque chose chez lui que les autres ne voyaient pas.
Il detourna le regard.
Ce n'etait pas un jeu. Ce n'etait pas une simulation. C'etait une execution deguisee. Et seul le dernier debout sortirait d'ici vivant.
Ils avaient commence a discuter de leurs pouvoirs. A echanger des informations comme des collegues autour d'une machine a cafe, esperant que la cooperation les sauverait.
Manipulation thermique. Distorsion de la perception. Renforcement musculaire. Malediction des ombres.
Scory ne parla pas. Il n'en avait pas besoin.
Il leva lentement un doigt vers le ciel.
Ses yeux se plisserent legerement, et, dans un souffle a peine audible, il murmura :
— Flaynn... malheureusement, c'est moi ou eux.
Puis il commenca a reciter.
Sa voix changea. Ce n'etait plus une voix humaine. C'etait plusieurs voix a la fois. Graves. Caverneuses. Dissonantes. Comme si quelque chose parlait a travers lui.
— O murmures des ombres, temoins muets des ages revolus... Echos des damnes qui saignent dans l'abime silencieux...
Les grains de poussiere souleves par le vent s'arreterent net, suspendus en l'air comme pris dans une stase impossible.
Le chauve plissa les yeux.
— En plus d'etre faible, c'est un religieux fanatique ?
Mais la voix de Scory ne s'arreta pas.
— Que le neant s'ouvre et que le metal se torde... Que la chair ploie sous le poids du jugement immuable...
Le sol sous ses pieds se fissura. Une vague de nausee traversa les autres champions. Quelque chose clochait. Ce n'etait pas un pouvoir ordinaire. C'etait une malediction vivante.
Le blond recula d'un pas, les pupilles tremblantes.
— C'est quoi ce truc...
— Par la volonte des cendres et l'agonie du firmament... Que la lumiere soit souillee...
Une ombre liquide s'etira sous ses pieds, rampante, affamee.
Le chauve serra les poings.
— Faites quelque chose, ce malade est en train de—
Trop tard.
— Que l'espace se brise en mille fragments affutes, et que le froid de la mort etreigne l'instant du dernier souffle. O gouffre sans nom, scelle le corps, enchaine l'ame... Offre leur chute aux crocs du neant... Et que s'abatte l'autel de la damnation !
Un bruit terrifiant dechira l'air. Un son impossible a decrire. Un melange de metal broye, de cris deformes et d'un coeur qui eclate.
L'ombre les engloutit.
Un cercueil noir immense, froid comme le vide, jaillit du sol, fendant l'espace dans un hurlement cosmique. Un deuxieme cercueil, encore plus vaste, s'imbrica dans le premier, formant une croix gigantesque de plus de trente metres de haut.
L'interieur etait un neant absolu. Un vide si pur que meme la lumiere s'y evanouissait.
Les champions ne purent meme pas crier.
La gravite implosa sur eux.
Le blond fut le premier a comprendre. Pas avec son esprit — avec son corps. Il sentit ses os se liquefier, ses organes se comprimer, sa chair se retourner comme un gant. Il pensa a la date sur son cou. A la personne qu'elle representait. Il aurait voulu dire son nom une derniere fois, mais sa bouche n'existait deja plus.
La femme brune tenta d'analyser ce qui lui arrivait. Meme dans la mort, elle cherchait a comprendre. Son cerveau envoya des signaux jusqu'a la derniere microseconde — des rapports d'erreur qu'aucun systeme nerveux n'avait jamais ete concu pour generer. Ses yeux exploserent dans leurs orbites. Son visage se deforma. Et la derniere pensee coherente qui traversa ce qui restait de sa conscience fut : ce n'est pas logique.
La fille au carnet ne resista pas. Elle n'essaya meme pas. Elle serra le carnet contre sa poitrine, les autocollants colores contre son coeur, et ferma les yeux. Le neant l'avala avec une douceur qu'elle n'aurait pas meritee. Le carnet, lui, tint une fraction de seconde de plus — comme si la matiere elle-meme refusait de detruire quelque chose d'aussi innocent.
Le crane rase, lui, tenta desesperement de lutter. Son pouvoir de renforcement lui permit de resister une fraction de seconde supplementaire. Il tourna la tete vers Scory, son regard deforme par l'incomprehension et l'effroi pur.
— Qu'est-ce que... c'est... cet enfer...
Les cercueils s'effondrerent.
Pas un corps. Pas une trace. Rien. Juste une poussiere noire flottant dans l'air, ultime vestige de ceux qui, quelques secondes plus tot, avaient des noms, des visages, des tatouages, des carnets a autocollants.
Des vies.
Le colisee resta muet. Seul le vent soufflait, emportant les cendres des morts dans les airs infernaux.
Scory abaissa lentement sa main. Il laissa echapper un long soupir, sentant l'adrenaline retomber, mais aussi un vide inexplicable.
Il n'y avait eu aucun combat. Aucune lutte. Juste une execution.
Il leva les yeux vers les cendres qui dansaient dans l'air.
— Le premier pas est fait.
Les tribunes eclaterent en un rugissement assourdissant. L'Enfer venait de decouvrir un monstre.
Scory reapparut dans le salon luxueux. Il resta immobile quelques secondes, puis, machinalement, il regarda ses mains.
Elles etaient propres. Pas une trace de sang. Pas une eclaboussure. Le Double Cercueil Noir ne laissait rien. Il ne salit pas celui qui l'utilise. Il efface, tout simplement. Comme un logiciel de retouche qui supprime un calque.
Il avait tue quatre personnes.
Quatre etres humains qui, ce matin encore, avaient une vie quelque part sur cette planete. Des familles. Des habitudes. Des matins ou ils se brossaient les dents en pensant a autre chose.
Il tourna ses mains. Paumes. Dos. Paumes. Dos. Pas une seule trace.
Et elles ne tremblaient pas.
C'etait ca, le probleme.
Pas le sang. Pas la mort. Pas les cendres qui dansaient encore quelque part dans l'air de l'arene.
Le probleme, c'etait l'absence. L'absence de tremblements, de nausee, de remords, de quoi que ce soit qui ressemblerait a une reaction humaine normale face a ce qu'il venait de faire.
Il avait vomi la premiere fois qu'il avait vu Jimmy. Il avait tremble pendant une semaine entiere. Il s'etait pisse dessus.
Et maintenant, apres avoir pulverise quatre vies humaines, il ne ressentait... rien.
Il ferma les poings lentement. Les rouvrit.
Quelque chose en lui aurait du hurler. Quelque chose aurait du se briser. Mais il n'y avait que le silence d'un esprit trop calme.
Et c'est ce silence qui, pour la premiere fois, le derangea.
Il etait de retour dans le salon luxueux. Akazym l'attendait. Mais il n'etait plus tout a fait le meme. Sa silhouette avait change. Il semblait moins frele, son corps legerement plus large. Ses traits n'etaient plus aussi juveniles, et sa voix, lorsqu'il parla, portait une gravite nouvelle.
— Eh bien... c'etait spectaculaire. Tu aurais pu me dire que ton pouvoir etait si efficace.
Scory observa son demon. Il n'y avait pas que son apparence qui avait change. Plus de presence. Moins de soumission.
— Je ne savais pas que ton pouvoir etait aussi particulier. J'imagine que Jimmy est le nom de cette technique ?
Scory ne bougea pas. Un froid etrange s'empara de son esprit. Il venait de comprendre quelque chose.
— Cette technique ne s'appelle pas Jimmy.
Akazym haussa un sourcil.
— Ah ? Alors comment l'appelles-tu ?
— Double Cercueil Noir.
Un silence brutal s'abattit sur la piece. Un eclair d'incertitude traversa le regard du demon.
Puis Akazym retrouva un semblant de contenance.
— Tres bien. Peu importe son nom. Cela dit, je dois te feliciter. Grace a toi, j'ai...
Il s'interrompit. Scory le fixait toujours sans un mot.
— Tres bien. Je vais etre direct. Je change. Plus tu tues, plus je gagne en puissance. C'est ainsi que cela fonctionne.
Il se leva, faisant craquer son cou.
— Chaque demon est lie a son champion. Ceux de haut rang n'ont rien a craindre si leur champion meurt. Mais moi, un demon de moyenne noblesse... Si tu echoues, je disparais avec toi. En revanche, si tu tues...
Il laissa sa phrase en suspens.
Scory comprit. Son pouvoir n'etait pas simplement une arme. C'etait une source d'evolution. Et Akazym n'etait pas seulement son demon — il etait un parasite en croissance.
Au lieu d'etre trouble, Scory laissa echapper un leger sourire.
— Interessant.
Puis Akazym changea de ton.
— Autre chose. Tu ne peux rien dire a personne. Si tu racontes quoi que ce soit a un humain, on meurt tous les deux. La seule solution : un artefact special sur le marche demoniaque. Ca s'appelle la Langue de Verite. 1800 points.
Scory serra discretement la machoire. Il detestait etre restreint.
Akazym tendit la main. Une cle noire apparut — metallique, lourde, ornee d'un motif qui semblait absorber la lumiere.
— Cadeau de bienvenue. Cette cle te permet d'acceder a ma dimension quand tu veux. Pour depenser tes points, pour t'inscrire a un Fight Night... ou juste pour chiller.
— Fight Night ?
— Un duel en un contre un, entre champions volontaires. Si tu gagnes, tu prends les points de ton adversaire. Si tu perds, t'es mort. C'est un raccourci pour devenir une legende.
— Combien de points j'ai gagnes ?
— 920.
Scory fit le calcul instantanement. La Langue de Verite coutait 1800. Il lui manquait 880 points.
Pour parler a Flaynn, il devait encore tuer.
Cette nuit-la, il fit un reve.
Il etait dans son appartement. Tout etait normal — le bruit du refrigerateur, la lumiere blafarde du lampadaire qui filtrait a travers les rideaux, l'odeur familiere de lessive et de bois vieilli. Rien de surnaturel. Rien d'etrange.
Sauf que Jimmy etait la.
Il n'etait pas invoque. Scory n'avait rien prononce, rien pense, rien active. Et pourtant, il le sentait. Dans le coin le plus sombre de la chambre, la ou la lumiere n'atteignait pas, quelque chose se tenait. Pas une forme visible. Pas un son audible. Juste une presence — epaisse, lourde, patiente.
Scory resta immobile dans son lit, les yeux grands ouverts, fixant le coin sombre.
Il savait que s'il parlait, Jimmy apparaitrait pour de vrai. Mais il ne parlait pas. Et Jimmy etait quand meme la.
Comme s'il n'avait plus besoin d'etre appele.
Comme s'il avait appris a venir de lui-meme.
Scory sentit quelque chose de froid lui toucher la cheville. Il baissa les yeux. Une ombre rampait le long du drap, un filament noir qui n'appartenait a rien, qui ne provenait d'aucune source. Il la regarda s'enrouler autour de sa jambe, lentement, presque tendrement.
Puis il se reveilla.
Il etait trempe de sueur. Son coeur battait trop vite. Il alluma la lumiere et inspecta la chambre. Rien. Le coin etait vide. Les draps etaient normaux.
Mais son muscle invisible — cette pulsation derriere ses pensees, cet organe fantome — battait plus fort que d'habitude.
Comme si Jimmy avait grandi pendant qu'il dormait.
Scory voulait repartir au combat. Immediatement.
Akazym, ravi, accepta. Mais il posa une condition.
— Avant le Fight Night, explique-moi Jimmy.
— Pourquoi t'es obsede par ca ? T'as deja vu ce que j'ai fait avec le Double Cercueil Noir.
— Parce que tout le monde a cree son pouvoir en une minute. Sauf toi. Et ce nom... Jimmy. Il n'a rien d'une incantation. C'est personnel.
Scory soupira.
— De toute facon, tot ou tard, tu seras au courant.
Il leva la main. L'air devint dense, comme si la realite elle-meme hesitait entre fuir ou imploser.
Le monde se contracta. Quelque chose naquit dans l'espace. Et Akazym comprit immediatement qu'il avait fait une erreur en demandant.
Il vit d'abord l'ombre. Un amas de fils noirs, tisses dans une structure informe, grandissant comme une tumeur dans l'espace meme. Puis vinrent les formes — des bras, des membres, des extensions grotesques qui semblaient chercher a exister sans jamais avoir ete concues pour. Puis les tetes. Une masse de cranes impossibles, fusionnes dans une geole de chair et de metal. Des orbites creusees trop profondement. Des machoires deformees, beantes en un cri muet. Un vide derriere chaque regard, comme si aucune existence n'avait jamais habite ces corps.
Jimmy Prime mesurait six metres de haut. Et pourtant, il semblait ne pas etre limite a l'espace dans lequel il se trouvait. Son corps se mouvait en dehors des lois de la realite. Son souffle n'existait pas, mais l'air reagissait a sa presence. Son existence n'etait pas naturelle.
Ce n'etait pas une invocation. Ce n'etait pas un sort. Ce n'etait pas une entite demoniaque.
C'etait une anomalie. Une erreur. Une erreur creee par l'esprit d'un homme.
Et Akazym commenca a penser comme un humain.
Il sentit un instinct de survie qu'il ne connaissait pas. Un demon ne ressent pas la peur. Mais a cet instant, ce n'etait pas de la peur. C'etait autre chose. Quelque chose qu'aucun demon ne devrait ressentir.
Il regarda Scory. Ce dernier souriait. Pas de fierte. Pas d'excitation. Juste une acceptation. Comme si Scory comprenait que ce qu'il avait cree ne devrait pas exister.
Et c'est la qu'Akazym comprit. Scory ne tombait pas dans le cote demoniaque. Il lui appartenait deja. Il n'avait jamais ete un humain normal.
Jimmy Prime s'estompa. L'espace se referma sur son absence. Mais Akazym resta fige. Il regarda Scory comme pour lui demander : "Pourquoi as-tu imagine ca ?"
Mais il ne posa pas la question. Parce qu'il ne voulait pas entendre la reponse.
— Tres bien.
Il claqua des doigts. Le salon s'effaca.
Scory fut projete dans l'arene du Fight Night.
Mais cette fois, il n'avait pas choisi.
Scory se retrouva seul dans l'arene, les yeux legerement plisses.
— Pourquoi il m'a envoye direct ? Il m'a dit qu'on pouvait choisir...
Avant qu'il ne puisse finir sa pensee, une distorsion apparut devant lui. Un flash de lumiere. Un homme apparut.
Grand, bien bati, une tenue noire ajustee, et surtout un sourire immense, carnassier. Dans sa main, un revolver etrange — noir, avec des gravures rouges qui pulsaient legerement, comme s'il etait vivant.
Scory le detailla en une seconde. L'homme avait les mains d'un tireur — calleuses au pouce et a l'index, habituees au recul. Mais son corps n'etait pas celui d'un soldat. Trop soigne, trop entretenu. Un fils de bonne famille, probablement, le genre qui avait grandi avec un champ de tir prive dans le jardin. Le genre qui avait toujours eu le droit de casser des choses sans consequences.
— HAHAHAHA ! Enfin un combat interessant !
Il fit tourner son arme entre ses doigts avant de la pointer negligemment vers Scory.
— Tu sais qui je suis ? Je suis Bastian Hellwood, Rang 2. Et toi, un Rang 5 ? Ca veut dire que t'es une merde. Un figurant. Un abruti qui a probablement survecu au premier round par accident.
Il haussa les epaules.
— Je vais pas te tuer pour les points. Je vais te tuer juste pour que t'apprennes la hierarchie, clebard.
Puis il tira.
La balle fusa droit entre les deux yeux de Scory. Son crane explosa violemment vers l'arriere. Son corps s'effondra immediatement.
Bastian eclata de rire. Il tourna sur lui-meme en levant les bras, savourant son execution parfaite. Puis il fit glisser son revolver contre ses levres.
— Comme si le maire venait de demander d'embrasser la mariee.
Dans son salon, Akazym perdit son sang-froid.
Il balanca la table en pierre devant lui, renversant un plateau rempli de verres de cristal.
— SCORY, ESPECE DE DEBILE ! T'AVAIS JIMMY ET T'AS PAS SORTI JIMMY ?!
Il frappa le mur. Il tremblait. Son corps entier s'agitait dans une rage incontrolable. Si Scory etait vraiment mort, alors son ame allait etre absorbee par le demon de Bastian. Et lui, Akazym, il allait etre brise, dissous dans le neant, torture pour l'eternite.
Tout ca a cause d'un gamin arrogant.
Puis quelque chose bougea dans l'arene.
Bastian, toujours en train de rire, baissa son arme.
— Putain, trop facile.
Puis un detail le fit tiquer.
Le cadavre de Scory bougeait. Tres lentement. Comme si une force invisible le remettait en place. La balle sortit d'elle-meme de son crane. Repoussee par quelque chose.
Les doigts de Scory craquerent. Ses epaules se remirent en place. Son cou se redressa.
Et il ouvrit les yeux.
Bastian cligna plusieurs fois des yeux.
— ... Hein ?
Scory leva lentement une main vers son front, la ou le trou etait cense etre. Sa peau etait intacte. Puis il regarda Bastian.
Et il sourit. Un sourire froid.
Il se tourna vers le vide.
— Akazym. La prochaine fois que tu me balances dans un combat sans me laisser choisir... je viens te retrouver moi-meme.
Puis il se releva completement. Face a lui, Bastian etait fige.
— Qu'est-ce que t'es ?
Scory s'epousseta negligemment.
— Je suis celui qui va te faire comprendre que t'aurais du te contenter de tes petites stats.
Scory aurait du etre mort. Sa tete avait explose. Son corps s'etait effondre.
Mais Jimmy ne voulait pas qu'il meure. Et tant que Jimmy refusait la mort, Scory ne pouvait pas mourir.
Pourtant, quelque chose etait different. La premiere fois, la balle etait ressortie immediatement. Mais la, c'etait plus lent. Un leger retard dans la regeneration. Une infime fatigue. Jimmy ne pouvait pas le regenerer indefiniment. Et il le savait. Il pouvait mourir. Pas maintenant. Mais bientot, peut-etre.
Il s'avanca vers Bastian. Il devait le toucher pour activer l'effet qu'il avait teste sur l'arbre a Grigny.
Mais Bastian ne comptait pas se laisser faire. Son expression changea. Son sourire disparut.
— Putain... tu m'enerves.
Sa main gauche s'illumina d'une lueur bleuatre. Des flammes bleues jaillirent de sa chair, le consumant legerement lui-meme. Son expression se tordit de douleur.
Mais il visa Scory et cracha un torrent de feu.
500 degres en plein visage.
Scory hurla immediatement. Ce n'etait pas une simple douleur. C'etait l'enfer incarne sur sa peau. Son corps brulait. Ses vetements disparurent instantanement, reduits en cendres. Sa peau cloquait, fondant presque sous l'intensite du feu.
Mais il continua d'avancer. Il n'avait pas d'autre choix.
Un pas. Puis un autre. Son corps n'etait plus qu'une masse brulee et fumante. Mais il etait toujours debout.
Et il arriva juste devant Bastian.
Il posa sa main sur lui.
Plus rien.
Un vide total. Le corps de Bastian etait la. Mais plus rien ne repondait. Plus une seule sensation. Pas de douleur. Pas de chaleur. Pas de son. Pas de mouvement. Il etait une coquille vide. Conscient, mais emprisonne dans un neant sensoriel absolu.
Bastian tomba sans un cri. Comme une poupee dont on aurait coupe les fils.
Scory se pencha. Ramassa le revolver maudit de Bastian. Le poids de l'arme dans sa main etait etrangement satisfaisant.
Il leva le canon vers la tete du champion paralyse. Puis il desactiva l'effet.
Et alors, Bastian hurla. Pas un cri de douleur. Pas un cri de peur. Un cri d'absolue terreur. Ce qu'il venait d'experimenter... c'etait pire que la mort.
Scory le regarda sans emotion.
— Maintenant, tu sais ce que c'est que d'etre vraiment mort.
Et il tira.
Scory n'etait plus qu'une carcasse. Sa peau noircie, carbonisee, fendillee. Ses cheveux n'existaient plus. Certains de ses membres etaient partiellement fondus. L'odeur de viande brulee empestait l'air.
Et pourtant, il avait gagne.
Les demons spectateurs jubilaient. Ils avaient adore le spectacle. Mais un detail les perturbait. Pourquoi Hellwood etait-il tombe ? Ils avaient tout vu — le duel, les flammes, Scory qui brulait vif et avancait quand meme, la balle qui l'avait tue puis rejetee de son propre crane. Mais Hellwood qui s'effondre sans raison... Aux yeux des demons, il n'y avait eu aucun coup final visible.
Une idee germa dans leur esprit. Scory etait peut-etre partiellement immortel. Une aberration. Et cela les fascinait.
Dans le salon, Akazym etait toujours la. Toujours debout. Toujours vivant. Mais la piece etait ravagee — les meubles dechiquetes, des morceaux de verre partout, une table arrachee du sol. Akazym avait cru mourir. Et il avait tout detruit de rage.
Scory tomba a genoux. Son corps ne repondait plus. La douleur etait insupportable. Il chercha un remede dans la boutique demoniaque.
Soins demoniaques — 250 points. Regenere le corps entier. Effet secondaire : tu ressens chaque douleur qui t'a ete infligee.
Il n'hesita pas.
Il but. Et l'enfer commenca.
Il s'effondra au sol et hurla. Un cri deforme, inhumain. Chaque brulure, chaque nerf calcine revenait a la vie. Mais la douleur aussi. La chair qui repousse sur des os nus. Les nerfs qui brulent en renaissant. Sa peau qui se reconstitue lentement, chaque millimetre une nouvelle torture.
Il se roula par terre. Il se cogna la tete contre le sol. Il s'arracha presque la gorge en criant.
Les minutes passerent. La douleur s'attenua. Son corps etait de nouveau entier. Il s'habilla lentement d'un simple survetement achete sur le marche demoniaque — 1 point — et se redressa.
Puis il se tourna vers Akazym. Son ton n'admettait aucune discussion.
— Des explications. Pourquoi tu m'as envoye sans me laisser choisir.
Akazym tenta d'esquiver. Mais Scory murmura un seul mot.
L'air changea. Les murs semblerent vibrer. Les yeux. Les bouches. Les tetes. Toutes tournees vers Akazym.
Le demon ne riait plus.
— Parle.
Et pour la premiere fois, Akazym hesita.
Akazym soupira.
— T'es un Rang 5. Normalement, un champion de bas niveau n'aurait jamais ose repartir au combat juste apres un Penalty's Death. Mais un noble, c'est different.
— Les nobles ?
— Ils ont le privilege de connaitre le rang exact de chaque champion. Et il y a des bonus comme "trois victoires consecutives" qui augmentent les recompenses. C'etait previsible qu'un champion de noble allait revenir immediatement se battre.
Scory se raidit. Ce detail, il ne l'avait pas anticipe.
— Et donc ?
— Les nobles ne meurent pas quand leur champion perd. Mais quand un champion de noble meurt face a un champion de rang inferieur... ca donne le droit de reclamer un Hellfight.
Scory commencait a comprendre.
— Le Hellfight, c'est un combat ultra rare. C'est le moyen le plus rapide pour un demon inferieur comme moi de devenir un noble. D'habitude, il faut absorber des centaines de demons inferieurs. C'est lent, dangereux. Mais un Hellfight, c'est la seule methode rapide et propre.
Le piege etait clair. Si Scory mourait, Akazym devenait un demon esclave. Si Scory gagnait, Akazym pouvait defier un demon noble pour le remplacer. Un pari a double tranchant.
— Tu voulais devenir noble sur mon dos, c'est ca ?
— Exactement.
Un silence.
— Mais je dois avouer que t'es une putain d'anomalie. T'as survecu, et en plus t'as foutu une merde pas possible dans le classement. Les demons ont tous vu la meme chose — un Rang 5 qui encaisse un headshot, marche a travers les flammes et survit. Et t'as tue Hellwood sans que personne comprenne comment.
Il marqua une pause.
— Certains pensent que t'es un monstre immortel.
Scory ouvrit le marche demoniaque. Langue de Verite — 1800 points. Il appuya sur l'achat.
Une petite sphere noire apparut dans ses mains. Lisse, vibrante d'une energie invisible. Il serra le poing autour.
Il pouvait parler maintenant. Parler de l'Enfer, du tournoi, de tout ce qu'il voulait.
— Disons que maintenant, les choses serieuses commencent.
Scory desactiva Jimmy. Les yeux s'evaporerent. Les ombres refluerent. L'atmosphere redevint normale. Mais quelque chose etait reste. Un poids dans l'air.
Il s'etira comme si rien ne s'etait passe.
— La prochaine fois, je veux connaitre le plan.
Puis, juste avant de partir, un dernier mot :
— C'est bizarre... J'aurais jure t'avoir entendu dire que les demons ne ressentent pas la peur.
Son regard brillait d'amusement. Puis il tendit la main vers la cle. L'instant d'apres, il disparaissait.
Scory reapparut dans son lit. Son corps etait entier. Sa peau intacte. Ses vetements propres.
Mais son esprit n'etait plus le meme.
Il resta allonge, fixant le plafond. L'odeur de chair brulee semblait encore impregnee dans son cerveau. Les cris de Bastian Hellwood resonnaient encore quelque part.
Mais Scory ne frissonna pas.
Il ferma simplement les yeux.
Pour la premiere fois depuis longtemps, il s'endormit immediatement.
Le silence etait revenu. La piece etait toujours en miettes.
Akazym passa une main dans ses cheveux noirs.
— Tss... T'es une putain d'anomalie, Scory.
Il ne souriait plus. Il avait vu beaucoup d'humains dans ce jeu. Beaucoup de champions. Certains etaient intelligents. Certains etaient puissants. Certains etaient fous. Mais aucun n'avait eu cette aura. Ce vide froid qui s'etendait derriere lui comme une ombre mouvante.
Les demons ne connaissaient pas la peur.
Mais alors, qu'est-ce que c'etait ?
Il soupira longuement. Puis il se jura une chose. Quand il serait assez puissant — et cette echeance approchait — il trouverait un moyen de se liberer de Scory.
Quoi qu'il en coute.
Scory, epuise, se leva lentement de son lit. Il prit son telephone.
"Viens dans l'apres-midi. Je vais te raconter tout ce que j'ai vecu, tout ce que j'ai fait. Mais il est tard, repose-toi."
Il posa la cle sur la table. Cet objet d'un noir profond. Il la souleva, l'observa. Ce simple artefact detenait un pouvoir qu'il ne comprenait que trop bien.
Il laissa retomber sa main.
Il etait un simple pion dans un jeu qu'il n'avait jamais voulu jouer. Le controle qu'il pensait avoir sur sa vie s'eloignait de plus en plus. Les regles avaient change. Tout ce qu'il avait connu ne valait plus un centime dans ce monde ou les points etaient roi.
La sonnette retentit. Flaynn etait la.
Scory ouvrit la porte. Flaynn entra, son regard fouillant immediatement la piece, remarquant l'atmosphere differente, mais ne disant rien.
— Alors, qu'est-ce qui se passe ?
Scory ferma la porte et s'assit. Son regard fixe sur le sol. Il prit un moment avant de repondre.
Puis il raconta tout.
Le tournoi. Les rangs des demons. Les Penalty's Death. Les Fight Nights. La boutique demoniaque. Comment il avait ete oblige de tuer pour survivre. Comment il avait utilise des artefacts demoniaques. La Langue de Verite. L'impossibilite de parler sans consequence. Le prix qu'il avait paye.
Flaynn ecoutait attentivement, sans intervenir. Son visage se figeait a chaque detail supplementaire. C'etait plus qu'il n'aurait jamais imagine.
— Tu veux dire que tu peux parler de tout ca sans mourir ?
Scory hocha la tete. Il prit la cle de son bureau et la presenta.
— C'est la Langue de Verite. Maintenant je peux te parler librement.
Flaynn regarda la cle dans les mains de Scory. Une etincelle de comprehension et de peur dans ses yeux.
— Et si ca se retourne contre toi ? Si tout ca...
Scory se leva et fit un geste. La porte demoniaque se materialisa dans l'appartement.
— Tu veux savoir ce qu'il y a derriere ? Y'a mon demon derriere cette porte. Et je sais pas si c'est une bonne idee qu'un non-champion comme toi y entre.
Flaynn fixa la porte. Scory la desactiva avant qu'il ne puisse poser d'autres questions.
Le silence s'installa.
Puis Scory se tourna vers lui.
— Alors, tu veux toujours un pouvoir ?
Flaynn ne repondit pas immediatement. Il etait silencieux, pensif, comme s'il mesurait chaque mot, chaque decision. Ce n'etait pas simplement une question de pouvoir, mais du poids que ce pouvoir porterait.
Il se leva et croisa les bras. Son regard se posa sur Scory.
— Tu as fait tout ca pour quoi ?
Scory ne repondit pas.
Parce qu'il ne connaissait plus la reponse.